1 avril 2026

OMBREE : un levier pour la transition énergétique en Outre-mer

Fédérer les expertises, outiller les professionnels du BTP, développer de nouvelles normes énergétiques : OMBREE accélère la transition vers une construction durable en Outre-mer. Aurélien Lopes, coordinateur du programme à l’AQC, répond à nos questions.

Piloté par l’Agence Qualité Construction (AQC), le programme OMBREE vise à réduire la consommation énergétique des bâtiments en Outre‑mer. Pour y parvenir, il mobilise les expertises locales, encourage le partage de connaissances et accompagne les professionnels.

L’objectif : faire évoluer durablement les pratiques de construction et répondre aux enjeux énergétiques des territoires.

Actu Ambree Aurélien Lopes 200x200Aurélien Lopes, délégué Outre-mer de l’AQC et coordinateur de OMBREE, nous éclaire sur l’évolution du programme et les enjeux de la transition énergétique.

 

 

Depuis le lancement d’OMBREE en 2020, quelles sont ses principales avancées et réalisations ?

OMBREE (programme Outre‑mer pour des Bâtiments Résilients et Économes en Énergie) valorise l’expertise ultramarine en lui donnant les moyens d’agir sur des problématiques encore non traitées dans les territoires.

Depuis 2020, deux sessions du programme se sont succédé, avec pour avancées concrètes la production et la mise à disposition des professionnels ultramarins de plus d’une centaine d’outils (aides à la décision ou au dimensionnement, guides méthodologiques et de bonnes pratiques, supports pédagogiques, calepins d’autocontrôle, retours d’expérience…), issus de projets imaginés et pilotés, ou co‑pilotés, par des ultramarins pour des ultramarins.

Par ailleurs, l’appel à projets qui a permis d’accompagner ces initiatives possède une particularité qui fait la spécificité du programme : les candidats sont fortement encouragés à élaborer des projets en collaboration avec au moins un autre territoire ultramarin. Cette règle a été pleinement adoptée et est aujourd’hui à l’origine d’un réseau d’experts, véritable richesse pour les territoires et pour l’Hexagone. Il s’agit probablement de la plus belle avancée du programme.

Comment OMBREE contribue-t-il à la transition énergétique ?

OMBREE contribue en mettant à disposition des outils efficaces, conçus pour répondre à des besoins exprimés localement et réalisés par des experts ultramarins. Ils comblent ainsi des lacunes sur des thématiques jusque‑là trop peu explorées.

Par exemple, nous avons accompagné un consortium Mayotte/Guyane travaillant sur l’amélioration des Briques de Terre Compressée (BTC) avec des fibres locales ; la mise en place, pour l’ensemble des DROM, d’un service d’accompagnement des collectivités pour l’amélioration du bâti scolaire afin de faire face aux fortes chaleurs, en impliquant les usagers ; et enfin la mise à disposition de calepins d’autocontrôle assortis de leurs fiches de réception pour l’installation de systèmes performants (chauffe‑eau solaires, protections solaires, isolation des combles…).

Afin de diffuser ces productions, nous avons créé une chaîne YouTube regroupant l’ensemble des vidéos produites dans le cadre du programme. Toutefois, le canal de diffusion le plus efficace reste PERGOLA (Plateforme d’Échange de Ressources Gérées par les Outre‑mer en Libre Accès).

Qu’est-ce que PERGOLA ?

C’est une plateforme collaborative qui permet aux professionnels ultramarins de partager leurs connaissances. Elle rassemble l’ensemble des livrables du programme OMBREE.

Elle est née du constat que les professionnels ultramarins étaient souvent mieux informés des productions hexagonales que de celles éditées par leurs homologues ultramarins. OMBREE a donc développé cet outil afin qu’il soit alimenté par des experts ultramarins.

Aujourd’hui, elle regroupe plus de 950 ressources traitant aussi bien de conception bioclimatique que d’aménagement durable et de bonnes pratiques de mise en œuvre. Ainsi, les professionnels qui collaborent à l’alimentation de la plateforme y ont mis toutes les ressources qui leur semblent pertinentes pour leur territoire, en dépassant les considérations relatives aux économies d’énergie. D’ailleurs on y trouve également des documents sur l’assurance comme l’excellente série de podcasts « 3 minutes qui construisent ».

En plus d’être collaborative, la plateforme est développée en marque blanche : elle est personnalisable et s’intègre à des sites internet existants. Ainsi, PERGOLA est intégrée à une trentaine de sites répartis dans l’ensemble des territoires ultramarins.

Quels bénéfices les professionnels du bâtiment retirent‑ils du programme ?

Comme vous l’aurez compris, l’une des réussites d’OMBREE est d’avoir animé une dynamique de collaboration « inter-outre‑mer ». Cette dynamique nous a conduits à proposer, dans le cadre du programme, l’organisation des premières Assises de la construction durable en Outre-Mer.

Ces Assises, soutenues par SMABTP et l’Union sociale pour l’habitat (USH), se sont tenues début 2024 dans l’amphithéâtre du siège de SMABTP. Elles ont été préparées dès 2023 par des ateliers locaux organisés dans 11 territoires ultramarins, mobilisant près de 300 professionnels locaux. L’enjeu de ces Assises était de proposer des processus permettant aux filières locales de mieux participer à l’adaptation et à la production de référentiels techniques.

Le sujet est plus vaste et complexe qu’il n’y paraît. Contribuer à l’écriture de référentiels, au sens large, implique de maîtriser les éléments de preuve, de codifier des solutions proches des réalités des territoires et, par conséquent, d’innover pour des modes de construction plus respectueux de l’environnement, plus accessibles et mieux intégrés socialement et culturellement. À l’issue des ateliers de février 2024, des propositions concrètes ont été consignées dans le Livre blanc de la construction durable, porté aujourd’hui par des rapporteurs issus des 11 territoires.

Les Assises ont également répondu à une volonté de la délégation sénatoriale aux Outre‑mer, présidée par Micheline Jacques, sénatrice de Saint‑Barthélemy. En effet, dès 2017, cette délégation préconisait la tenue d’assises dans un rapport dénonçant les imperfections dans la production des normes appliquées aux territoires ultramarins.

En 2025, les sénateurs ont repris le flambeau : la sénatrice de La Réunion, Audrey Bélim, a porté une loi adoptée en juin, créant les Comités Référentiels Construction. Ces comités regrouperont les acteurs ultramarins pour l’adaptation des normes et la mise en œuvre de l’exemption du marquage CE dans les Régions Ultra‑Périphériques (RUP).

Cette loi constitue une avancée majeure, car elle structure et institutionnalise l’implication des ultramarins dans la production des normes. L’écriture des textes d’application mobilise aujourd’hui fortement les acteurs de la construction, y compris les assureurs, qui y voient à juste titre un moyen d’améliorer la qualité des ouvrages ultramarins.

Quels défis majeurs se posent aujourd’hui pour construire des bâtiments économes en énergie, plus résilients ?

L’une des plus grandes difficultés des constructeurs ultramarins est de respecter les exigences de qualité indispensables pour protéger les personnes, les biens et les infrastructures, tout en conservant une approche pragmatique compte tenu des difficultés rencontrées par les filières locales : manque de référentiels et parfois de produits adaptés, besoins de formation des professionnels, la vie chère, instabilité politique…

Par ailleurs, ce ne sont pas tant les bâtiments qui sont résilients que le couple bâtiment/utilisateur. Les bâtiments résilients « fonctionnent » grâce à leurs utilisateurs. Par exemple, les systèmes dits passifs, comme la ventilation naturelle, demandent une participation active de l’usager (sur‑ventilation aux bonnes heures, équilibre avec les protections solaires…). Ce mode de fonctionnement permet de réduire la climatisation, mais surtout le bâtiment continue d’assurer la plupart de ses fonctions après une coupure d’électricité !

Cette implication des habitants et des professionnels est primordiale. On parle souvent de culture du risque ; la culture de la résilience est tout aussi indispensable. L’acceptation de ces techniques et leur ancrage culturel sont donc incontournables.

Comme l’a écrit Jean‑Jacques Rousseau : « L’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté. » Les solutions aux problèmes techniques complexes auxquels sont confrontés les ultramarins ne peuvent venir que des territoires. Nous sommes convaincus que le réseau d’experts ultramarins existant est en capacité de trouver ces solutions, encore faut‑il qu’ils en aient les moyens et soient suffisamment structurés.

Quels sont les perspectives d’évolution du programme ?

Les conclusions du Livre blanc, porté sur l’ensemble des territoires, ont orienté deux propositions : l’une dans le cadre de la poursuite éventuelle du programme OMBREE, l’autre inscrite dans le Plan Logement Outre‑mer (PLOM).

Dans le cadre de la poursuite du programme OMBREE, actuellement en instruction par la Direction Générale de l’Énergie et du Climat (DGEC), les contributeurs aux Assises ont proposé un volet « Sécurisation des pratiques professionnelles locales pour des constructions économes et résilientes ». Celui‑ci vise à étudier et cartographier les outils et infrastructures (laboratoires, certifications, expertises) nécessaires pour mieux maîtriser les éléments de preuve, permettant aux professionnels ultramarins de formuler des propositions aux commissions nationales et de participer plus activement à l’élaboration de référentiels adaptés.

Ces cartographies prennent en compte les opportunités de collaboration avec les pays voisins, particulièrement pertinentes dans un contexte d’exemption de marquage CE pour les RUP.

La deuxième proposition, à l’étude au ministère des Outre‑mer, concerne la création d’un Forum inter‑outre‑mer de la construction durable. Ce forum serait un véritable trait d’union entre les territoires, dans le même esprit qu’OMBREE, mais avec un périmètre plus large que les seules économies d’énergie. Sa présidence serait confiée à un représentant ultramarin, et il garantirait une représentation technique des ultramarins dans les instances nationales en charge de la réglementation et des normes.

Depuis 2020, une dynamique s’est amorcée, avec une réelle avancée autour du projet fédérateur des Assises de la construction durable en Outre‑mer. Les enjeux sont majeurs et nous sommes prêts à passer à la vitesse supérieure !

Enfin, une information porteuse de sens : dans le cadre du programme Adapt Bâti Confort, destiné à améliorer le confort d’été dans les opérations du sud de l’Hexagone, l’ADEME nous a missionnés pour constituer un groupe d’experts ultramarins chargé de challenger les solutions de rafraîchissement proposées. Une belle reconnaissance de l’expertise ultramarine, qui sera – malheureusement - de plus en plus utile.