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1 septembre 2026

Construire la Réunion de demain : le regard d'Anthony Lebon

Logement, infrastructures, adaptation climatique, emploi : à travers cet entretien, Anthony Lebon, président de la FRBTP, partage sa vision de l'avenir du BTP réunionnais, une filière essentielle au développement économique et social de l'île.

Vous rappelez souvent que les entreprises du BTP contribuent à « construire La Réunion de demain ». Concrètement, quel rôle joue aujourd'hui votre filière dans le développement du territoire ?

Le BTP est le bras armé des politiques publiques. Chaque décision politique sur le logement, l'eau, les infrastructures, l'adaptation climatique se traduit — ou ne se traduit pas — sur le terrain par nos entreprises. Nous ne sommes pas un secteur de dépense : nous sommes le secteur qui transforme les décisions en réalité. Sans nous, il n'y a pas de transition énergétique, pas de logement social, pas d'adaptation au changement climatique.

Le secteur traverse une période exigeante, marquée par des tensions sur la commande, les coûts et la visibilité des financements. Quel diagnostic portez-vous aujourd'hui sur la situation des entreprises réunionnaises du BTP ?

Sévère mais lucide. Entre 2023 et 2025, l'activité a reculé de plus de 30 %. Les indicateurs de reprise existent — les autorisations de travaux progressent — mais la transformation concrète en chantiers reste attendue. Nous ne voulons pas reproduire l'écart que nous avons vécu en 2024 entre les annonces et la réalité du terrain.

La Ligne Budgétaire Unique (LBU) a été divisée par deux en un an. S'y ajoutent les tensions sur les matériaux, aggravées par le contexte géopolitique autour du détroit d'Ormuz : nos entreprises restent aujourd'hui les amortisseurs de ces hausses, incapables de les répercuter intégralement sur des marchés publics figés ou sur des ménages au pouvoir d'achat contraint.

Sur la trésorerie, c'est une triple peine : les retards de règlement, les frais financiers qu'ils génèrent, et des intérêts moratoires rarement — voire jamais — versés. Le rapport Leyssene remis au Gouvernement en juillet 2026 le formule sans détour : les impayés liés à des délais de paiement excessifs représentent une « taxation locale implicite » du secteur public sur les entreprises ultramarines. Les entreprises tiennent, mais la résilience a ses limites.

Logements, infrastructures, équipements publics, réhabilitation : quels sont selon vous les grands besoins prioritaires pour La Réunion dans les prochaines années ?

Avant tout : la visibilité. Les entreprises ne peuvent pas investir, embaucher, former, sans une trajectoire pluriannuelle lisible sur la commande publique. C'est la condition de tout le reste. Ensuite, quatre chantiers structurants : le logement social — 50 000 ménages en attente, 150 000 Réunionnais mal-logés ; les réseaux d'eau et d'assainissement dont une partie est vieillissante ; les infrastructures de mobilité, qui conditionnent la qualité de vie quotidienne ; et la réhabilitation du bâti existant, là où se jouent une grande partie de la transition énergétique.

Au-delà des difficultés, quels sont selon vous les principaux atouts des entreprises réunionnaises du BTP ?

Un ancrage territorial fort et une capacité d'adaptation que peu de filières métropolitaines connaissent : nos entreprises travaillent dans des conditions climatiques, topographiques et logistiques exigeantes, et elles s'y sont construites. La filière investit dans le numérique, le BIM, la transition énergétique. Et nos entreprises ont fait preuve d'une résilience remarquable — mais la résilience ne peut pas être une politique publique ni une fin en soi. C'est une capacité de transition, pas un état permanent acceptable.

Dans un environnement de plus en plus complexe, qu'attendez-vous des partenaires des entreprises du BTP, notamment en matière de proximité, de conseil, de prévention et de sécurisation des chantiers ?

De la proximité réelle, pas de la proximité de façade. Des interlocuteurs qui connaissent nos réalités spécifiques : cyclones, risques sismiques, insularité, coûts logistiques. Sur la prévention, nous attendons des outils adaptés à nos chantiers et à notre contexte — pas des déclinaisons hexagonales plaquées sur un territoire qui a ses propres contraintes. Et sur la sécurisation, une réactivité qui tient compte du fait qu'une PME réunionnaise n'a pas les reins d'un grand groupe pour absorber un sinistre non réglé rapidement.

Qu'est-ce qui vous rend confiant dans l'avenir du BTP à La Réunion ?

Deux choses. D'abord, les besoins : ils sont immenses et réels — logement, eau, infrastructures, adaptation climatique. Un territoire qui a autant à construire ne peut pas durablement se passer de sa filière BTP. Ensuite, les femmes et les hommes de la profession : des chefs d'entreprise qui tiennent, qui innovent, qui forment, qui investissent même dans les moments difficiles. Ce capital humain, une fois perdu, ne se reconstitue pas facilement. C'est pour ça qu'il faut agir maintenant.

Pour conclure, quel message souhaiteriez-vous partager aux professionnels du BTP réunionnais ?

Actu Equipe ITW Antony LebonLa SMABTP est un partenaire historique de la FFB et de la FNTP, donc de la FRBTP. Ce partenariat a du sens parce que vous comprenez que couvrir le risque construction dans les Outre-mer, ce n'est pas couvrir le même risque qu'en métropole. Nous avons besoin que la SMABTP demeure à nos côtés avec la même proximité et la même constance que les années passées — pour accompagner nos entreprises dans les moments difficiles, pour porter avec nous la réalité de notre territoire auprès des décideurs nationaux, et pour contribuer à construire la filière BTP réunionnaise de demain.

Et je terminerai par un message qui n'est pas passé inaperçu auprès des professionnels du bâtiment et des travaux publics — chez les entreprises, mais également chez les maîtres d'ouvrage. Nous avons été inquiets, sur notre territoire, du désengagement de certains assureurs du marché de la construction. À contre-courant de ce mouvement, la SMABTP, historiquement présente à La Réunion, a fait le choix inverse : celui de s'installer durablement, en propre, avec ses équipes et ses bureaux. C'est un ancrage désormais définitif. Pour une filière qui a besoin de visibilité et de partenaires solides, c'est un signal fort — et une raison supplémentaire d'être confiant dans l'avenir.

picto-cle-voute-rouge Photo : Antony Lebon accompagné de Mathieu Brenier (gauche), directeur régional de SMABTP Outre-mer et Christophe Zumsteeg, directeur Régional zone Océan Indien de SMABTP.