Mobilité durable et batteries lithium : enjeux, risques et prévention
Véhicules, vélos, engins de manutention... Les batteries lithium-ion imposent de nouveaux enjeux de prévention et de maîtrise des risques qu'il est crucial de comprendre.
Les points essentiels
Véhicules concernés
Règles de recharge, d’utilisation, de maintenance
Problèmes d’incendies, emballement thermique
Bonnes pratiques de prévention des risques
Une transition rapide et massive, au cœur des bâtiments
La transition vers les énergies renouvelables a profondément transformé la mobilité.
En France, le parc de véhicules électriques est passé de 102 véhicules en 2010 à 1,3 million en 2024, avec un objectif d’environ 6 millions de véhicules électriques à horizon 2030, soit 15 % du parc automobile.
Cette dynamique concerne bien plus que les véhicules automobiles légers, elle concerne désormais les camions électriques et hybrides, vélos et trottinettes électriques, hoverboards, outils électroportatifs, engins de manutention, stations d’énergie autonomes, groupes électrogènes autonomes, BESS dans les entreprises.
A noter : toutes ces technologies reposent sur les batteries lithium-ion, désormais omniprésentes dans les logements individuels et collectifs, les entreprises, les parkings, les chantiers.
Le BMS (Battery Management System) est le cœur électronique des batteries. Il sert à gérer, protéger et contrôler les batteries rechargeables car il a vocation à :
- collecter les données en temps réel ;
- protéger contre la surcharge et la décharge excessive ;
- équilibrer les cellules de la batterie ;
- gérer la température de la batterie pour éviter de la dégrader ;
- détecter les anomalies comme un court-circuit, température excessive, un courant trop élevé…
Parallèlement, les infrastructures de recharge de véhicules électriques se développent très rapidement :
- 2,5 millions de points de recharge aujourd’hui en France ;
- Objectif de 7 millions d’ici 2030–2035.
A noter : cette transition s’opère le plus souvent dans des bâtiments existants, non conçus initialement pour accueillir ces équipements à forte densité énergétique.
Le constat : des risques spécifiques, encore sous-estimés
Les incendies impliquant des batteries lithium restent encore relativement limités au regard du parc, mais nous constatons :
- une hausse significative des départs de feu ;
- une augmentation de +34 % en 2024 des incendies impliquant des véhicules électriques ou hybrides en Europe.
Ces sinistres concernent :
- les voitures électriques ;
- mais aussi les batteries de vélos, trottinettes, outils ou engins professionnels.
Des sinistres par incendie qui sont différents par leurs causes
Une batterie lithium est un concentré d’énergie. Son fonctionnement repose sur un échange d’ions lithium à travers un électrolyte liquide inflammable c’est-à-dire qu’à l’intérieur de la batterie, deux électrodes – l’une positive, l’autre négative – échangent des ions lithium via un liquide conducteur appelé électrolyte. Ce déplacement d’ions permet de produire et de stocker de l’énergie, qui alimente ensuite l’appareil connecté.
Elle offre une grande autonomie dans un format compact d’où sa présence généralisée dans les équipements électroniques mobiles et les véhicules électriques.
Mais en cas de dysfonctionnement (choc, surcharge, défaut interne), elle peut entraîner des événements en chaine pouvant aller jusqu’à l’emballement thermique.
Un dysfonctionnement de batterie peut s’avérer très risqué et se détecte dès les 1ers signes :
- gonflement ou boursouflure ;
- fissures, cassures ;
- odeur inhabituelle (brûlé, chimique, métallique) ;
- chaleur excessive, même au repos ;
- fuite de liquide s’écoulant de la batterie ;
- sifflement, crépitement ;
- performance altérée : décharge rapide, charge très lente, arrêts inattendus.
Cela peut conduire à l’emballement thermique qui se caractérise par :
- une montée très rapide en température (jusqu’à 600 °C) ;
- l'émission de gaz toxiques (fluorure d’hydrogène, monoxyde de carbone) ;
- des projections incandescentes, des explosions ;
- un incendie long, difficile à maîtriser, avec risque de reprise.
En milieu confiné (parking souterrain, local technique), les conséquences peuvent être majeures :
- durée d’intervention des secours multipliée (≈ 150 min contre 28 min pour un véhicule thermique) ;
- atteintes structurelles ;
- propagation des fumées aux étages ;
- difficultés d’accéder à l’électrolyte en feu au cœur de la batterie, afin de traiter l’emballement thermique ;
- pouvant aller jusqu'à l'indisponibilité prolongée des bâtiments.
Le diagnostic : causes de ces défaillances
- Les causes peuvent être internes (défaut de fabrication ou dysfonctionnement du BMS - Battery Management System).
- Les causes sont plus souvent liées à un usage ou à une contrainte non conforme à l’utilisation définie par le fabricant : utilisation d’un chargeur non adapté, exposition à des températures en dehors des plages recommandées ou forte humidité, surcharge ou décharge profonde, choc, perforation.
Les bonnes pratiques : prévenir à chaque étape de la vie des batteries et que faire en cas de sinistre ?
A) Installation et recharge : le préalable indispensable
- Toute installation > 3,7 kW doit être réalisée par un professionnel certifié IRVE (qualification Qualifelec, Qualit’EnR ou AFNOR).
- Respect strict des normes électriques (NFC 15-100).
- Utilisation exclusive du chargeur d’origine.
- Interdiction des rallonges et multiprises.
B) Organisation des zones de charge
- Zone clairement définie et balisée.
- Bonne ventilation.
- Éloignement de tout support combustible, source de chaleur ou humidité.
- Exclusion des circulations et issues de secours.
En parking souterrain, mettre en place des protections passives :
- renforcer le compartimentage ;
- renforcer la stabilité au feu de la structure (poteaux, poutres, planchers hauts) ;
- installer des écrans thermiques ;
- des installations de détection incendie ;
- des installations d’extinction automatique à eau ;
- des installations de désenfumage ;
- un système d’information des secours.
Lorsque plusieurs batteries sont rechargées simultanément :
- recours à des armoires ou caissons de charge sécurisés, présentant des caractéristiques coupe-feu et éventuellement de détection ou d’extinction incendie ;
- dispositifs coupe-feu limitant la propagation.
C) Usage, stockage et surveillance
- Inspection visuelle avant chaque mise en charge.
(gonflement, déformation, percement = interdiction de recharger et d’usage). - Recharge en présence humaine : éviter la nuit ou hors horaires.
- Débranchement systématique en fin de charge.
- Stockage à l’abri :
- du soleil ;
- de l’humidité ;
- du gel ;
- des fortes variations de température.
- Pour un stockage long : niveau de charge ≈ 50 % => éviter la décharge profonde.
D) En cas de doute sur l’état de la batterie, les bons réflexes à adopter :
- cesser immédiatement l’utilisation de l’appareil ;
- débrancher la batterie si possible sans danger ;
- éloigner l’appareil de toute matière inflammable ;
- ne pas manipuler la batterie si elle chauffe ou fume ;
- évacuer les personnes présentes et aérer après l’incident ;
- appeler rapidement les secours ;
- déposer la batterie dans un point de collecte adapté une fois le risque écarté.
À ne surtout pas faire
- Ne pas percer, forcer, immerger ou déplacer une batterie en feu.
- Ne pas tenter d’éteindre l’incendie avec des moyens inadaptés (eau, textiles, objets).
En résumé, face à une batterie lithium‑ion défaillante, la priorité est la sécurité des personnes : s’éloigner, évacuer, alerter les secours et agir avec prudence.
Attention : une batterie usagée ou défectueuse n’est jamais un déchet ordinaire.
Même hors d’usage, une batterie lithium‑ion reste dangereuse : endommagée, gonflée ou mal stockée, elle peut surchauffer, fuir ou provoquer un incendie longtemps après son utilisation. Jetée dans des déchets non adaptés, elle représente un risque majeur dans la chaîne de collecte et de recyclage. Elle doit donc impérativement être déposée dans un point de collecte spécialisé (déchetterie, borne en magasin ou organisme dédié), et jamais dans une poubelle classique.
L’œil de l’expert SMABTP : quand le sinistre devient concret
Exemple 1 – Parking de copropriété
Un véhicule électrique est mis en charge sur une installation individuelle non certifiée. La recharge se fait de nuit, sans surveillance. Une défaillance de la batterie entraîne un dégagement de fumées toxiques, puis un incendie.
Conséquences :
- fermeture du parking pendant plusieurs mois ;
- dégradation des réseaux et du béton ;
- coûts élevés de remise en état.
Prévention clé manquante : installation conforme IRVE, recharge surveillée, détection adaptée.
Exemple 2 – Local professionnel
Une batterie de vélo électrique est stockée dans un immeuble. Une défaillance interne provoque un départ de feu en dehors des heures d’activité.
- Conséquences :
- incendie difficile à maîtriser ;
- fumées ayant envahi les locaux voisins ;
- arrêt temporaire d’activité.
Prévention clé manquante : stockage isolé, éloignement des combustibles, gestion des batteries en fin de vie.
En conclusion
- Les batteries lithium sont indispensables à la mobilité durable.
- Le risque incendie est maîtrisable, à condition d’être anticipé.
- La prévention repose sur des choix techniques, organisationnels et humains.
Pour SMABTP, accompagner la transition énergétique, c’est aussi protéger durablement les personnes et les biens.
- Les points essentiels
- Une transition rapide et massive, au cœur des bâtiments
- Le constat : des risques spécifiques, encore sous-estimés
- Le diagnostic : causes de ces défaillances
- Les bonnes pratiques : prévenir à chaque étape de la vie des batteries et que faire en cas de sinistre ?
- L’œil de l’expert SMABTP : quand le sinistre devient concret
- En conclusion
