Au bout de quelques années, l’enduit de façade qui avait été appliqué sur les parois extérieures de la piscine de cette commune se fissure puis se détache de son support. Des plaques d’enduit tombent au sol en entrainant la peau de la maçonnerie qui s’arrache. Les matériaux utilisés tant pour le maçon que l’enduiseur paraissaient pourtant bons, le chantier a été bien contrôlé.
Que s’est-il passé ?
L’ossature du bâtiment est constituée de portiques en métal. Ils portent les bacs métalliques de la couverture.
Afin d’assurer une bonne isolation thermique, l’architecte en charge de l’opération a choisi de fermer les long pans et les pignons ceinturant le bassin par des blocs en béton cellulaire. La maçonnerie repose sur des longrines.
Elle est bloquée latéralement par les portiques de la charpente métallique et tenue en tête par des U venant coiffer les blocs. Les blocs sont isolants. Il n’a pas été nécessaire de prévoir des doublages à l’intérieur de l’édifice.
Une économie substantielle a été réalisée.
Les blocs ont été enduits. Un enduit de type monocouche a été prescrit. Il a été réalisé en deux passes projetées sur la maçonnerie. La finition est de type gratté.
Les locaux techniques et les vestiaires ainsi que les parties communes ont été traité avec des blocs en béton ordinaires.
La conception ne souffre pas de critiques.
Les constatations de l’expert
Les fissures sont nombreuses et profondes. Leur ouverture peut dépasser un millimètre. Elles forment un faïençage. L’auscultation de la paroi révèle que l’enduit est soufflé et menace de se décoller en plusieurs endroits. Tous les panneaux sont plus ou moins affectés. Quant à l’enduit, il parait avoir conservé une grande dureté.
L’expert examine ensuite les blocs après avoir dégagé des fragments de la façade. Les plaques d’enduit qui se sont détachées ont emporté systématiquement une pellicule quand ce n’est pas une épaisseur de plusieurs centimètres de béton cellulaire. L’enduit est resté parfaitement adhérent à la surface des blocs.
La paroi constituant la façade s’est donc dégradée en profondeur. Habituellement, les décollements d’enduit se produisent à l’interface support première couche. Ce n’est pas le cas ici.
Le décollement d’enduit constaté sur ce bâtiment n’est donc pas banal.
L’enduit ne présente en revanche aucune fissure et reste parfaitement adhérent lorsqu’il a été projeté sur des maçonneries constituées de blocs de béton.
L’origine des désordres
Trois observations majeures vont conduire l’expert à poser le bon diagnostic : les fissures, la dureté apparente de l’enduit et la friabilité du support. L’absence de désordres lorsque la façade a été montée avec des blocs en béton ordinaire confirmera le jugement de l’expert.
L’enduit, en faisant son retrait, entraîne la partie supérieure des blocs de béton cellulaire. Celui-ci étant peu résistant à la traction, il se rompt et se détache par cisaillement dans le plan vertical, là où les contraintes qu’il subit sont supérieures à sa capacité de résistance.
Avec le même enduit, il ne s’est pas produit de désordres sur les pans de façade construits avec des blocs courants de meilleure résistance à l’arrachement.
Le mauvais comportement de l’enduit, son retrait excessif, est à l’origine du sinistre.
Comment réparer ?
Il convient bien évidemment de purger l’enduit, de dégager la maçonnerie friable. Mais que faire ensuite ?
La surface dégagée après piquage est dépourvue de planéité, présente des creux et des bosses. Il est illusoire de vouloir la redresser.
Démolir la maçonnerie puis reconstruire à l’identique aurait constitué une réparation d’un coût élevé. L’expert en charge de l’instruction du litige a proposé aux parties la pose d’un bardage.
Responsabilités
Un sinistre de cette nature relève bien évidemment de la garantie décennale. Les désordres portent atteinte à la solidité de l’ouvrage. Aucun reproche n’a été formulé à l’encontre du maçon. Il a mis en œuvre le matériau prévu à son marché.
La présomption de responsabilité, l’obligation de résultats, pèsent sur l’entreprise en charge des travaux d’enduit. Elle a accepté le support qui lui a été livré sans réserves. Elle a projeté un enduit dont les caractéristiques se sont révélées incompatibles avec la faible résistance mécanique de la peau des blocs en béton cellulaire. Il y a là une erreur impardonnable. Les pièces écrites mentionnaient clairement que des blocs de cette nature avaient été retenus.
Une lourde part de responsabilité a été mise à sa charge.
Il a été reproché au maître d’œuvre et au bureau de contrôle d’avoir manqué de vigilance. Le sinistre ne se serait pas produit si l’un ou l’autre avait vérifié la compatibilité de l’enduit avec la maçonnerie. Ce contrôle peut être exercé sur chantier, les fabricants d’enduit portent les informations les plus utiles sur les sacs.
La réglementation
Lorsque le bâtiment qui nous intéresse a été construit, les enduits monocouches faisaient l’objet d’une certification par le CSTB et d’un cahier des prescriptions techniques publié en 1993.
Le classement MERUC distinguait les enduits monocouches dits de type A et les enduits dits de typeB.
Il convenait de choisir un enduit monocouche de type B, faiblement dosé en ciment et faisant peu de retrait pour les supports friables. Le nouveau DTU 26.1 traite des enduits monocouches. Les différents supports sont classés en fonction de leur résistance à l’arrachement. Les enduits font l’objet d’essais permettant d’apprécier leur aptitude à être mis en œuvre sur des supports friables ou non.
Classification du support
Résistance à l'attachement du support Rt
Nature du support
Catégorie d'enduit
Rt1
0.4 MPa < RT< 0.6 MPa
Béton cellulaire
0C1
Rt2
0.6 MPa < RT< 0.8 MPa
Briques, blocs comportant des granulats légers
0C1 ou 0C2
Rt3
>0.8 MPa
Blocs en béton, béton, briques
OC1OC1, OC2 ou OC3
On constate à lecture de ce tableau que les supports en briques apparaissent à deux niveaux. Le fabricant devra apporter des informations sur la classification de son produit.