Les désordres affectant les carrelages posés sur sous-couches minces isolantes
On assiste depuis quelques années à une recrudescence de ce type de désordres du fait notamment de référentiels mal adaptés. Une évolution prochaine des textes est en préparation.
Pour répondre aux exigences de la Nouvelle Réglementation Acoustique, les industriels ont développé des systèmes de sous-couches minces isolantes sous revêtements durs (carrelages scellés ou collés sur chapes ciment), basés sur le principe d'unedésolidarisation entre la surface de circulation et la structureporteuse.
Ces systèmes, qui font, pour partie, référence aux DTU :
- 26.2 - NF P 14-202 "chapes et dalles à base de liants hydrauliques" et
- 52.1 - NF P 61-202 "revêtements de sols scellés",
exposent les carrelages et revêtements durs à des tassements lorsque les effets des charges mécaniques sur les matériaux résilients sont insuffisamment pris en compte ou lorsque les prescriptions de mise en oeuvre ne sont pas respectées.
Les désordres se manifestent par des déformations, affaissements, fissurations ou par le délitement des joints du revêtement dur. Par ailleurs, décollements, jours entre plinthes et carrelages, sonorité creuse, sont autant d'autres signes extérieurs visibles ou audibles susceptibles de révéler une défaillance, à l'un ou plusieurs des maillons de la chaîne des intervenants.
La réglementation acoustique 2000 (arrêté du 30 juin 1999) actuellement en vigueur s'applique aux permis de construire postérieurs au 1e r janvier 2000.
Les exigences d'isolation acoustique concernent notamment la transmission des bruits d'impact entre logements (bruits de pas, chute d'objets, déplacement de meubles, etc.).
Un vaste éventail de procédés
Le choix de matériaux résilients appropriés, adaptés à la transmission des charges statiques ou dynamiques et le respect des conditions de pose influent directement sur la qualité des ouvrages réalisés.
Les principaux matériaux utilisés sont :
- les feutres en fibres de verre ou de polyester non tissés ou aiguilletés ;
- les mousses de polyéthylène extrudées ou expansées à cellules fermées ;
- les voiles de verre contrecollés sur feuils bitumeux, etc.
Ces produits ou procédés se présentent sous forme de systèmes complets ou "kits" comportant des sous-couches en rouleaux ou en dalles en parties courantes et des accessoires tels que bandes de désolidarisation verticale entre sol et cloisons, sol et plinthes, manchons de canalisations, languettes de recouvrement, bandes de pontage éventuellement adhésives, etc.
On trouve aussi des produits associés tels que colles, mortiers-colles, mortiers d'égalisation ou de jointoiement, etc.
Les sous-couches ont une épaisseur généralement comprise entre 2,5 et 6 mm.
Il existe deux modes principaux de mise en oeuvre. La sous-couche peut être interposée entre la dalle et une chape flottante, support d'un carrelage scellé ou collé, ou bien servir de support direct à un carrelage collé.
Les classes de compressibilité
Les sous-couches sont actuellement classées en trois catégories, en fonction de leur potentiel de compressibilité :
- Classe 1 : tassement inférieur ou égal à 0,5 mm
- Classe 2 : tassement compris entre 0,5 et 3 mm
- Classe 3 : tassement compris entre 3 et 12 mm
Des produits et procédés non traditionnels
Ces produits et procédés, considérés comme non traditionnels, relèvent de :
- la technique courante (au sens du contrat d'assurance de responsabilité décennale), s'ils bénéficient d'un Avis technique du CSTB, publié dans la liste des produits sous Avis technique valide sans observation de la C2P - Commission prévention produits - (Agence Qualité Construction).
- la technique non courante (au sens du contrat d'assurance de responsabilité décennale) s'ils font l'objet d'un cahier des charges approuvé à l'issue d'une enquête confiée à un contrôleur technique. L'entrepreneur qui les met en oeuvre doit en faire la déclaration à son assureur.
Une attention toute particulière doit être apportée si leur Avis technique ne figure pas dans la liste de la C2P ou s'ils ne font l'objet d'aucun cahier des charges ou enquête d'un contrôleur technique.
Des causes variées et souvent concomitantes
Les facteurs à l'origine des sinistres peuvent être liés aux produits, à la conception générale du complexe ou à des insuffisances de mise en oeuvre.
Les vices de matériau se manifestent principalement par des tassements dans le temps du produit, entraînant une diminution de son épaisseur et donc un mouvement des ouvrages situés au-dessus (l'absence fréquente de marquage des produits ne permet pas alors la mise en cause du fabricant).
On note, dans certains cas, une vulnérabilité à la déchirure et au poinçonnement de la sous-couche ou encore une trop grande sensibilité thermique (ex : le cas des sols chauffants).
Les défauts de conception visent d'abord l'inadéquation entre les contraintes appliquées in situ au revêtement dur et la compressibilité du matériau employé. Certains problèmes sont aussi observés en raison d'une définition insuffisante du domaine d'emploi ou de dispositions constructives non prévues. Le cas le plus courant est l'absence d'une chape de ravoirage destinée à obtenirune planéité parfaite du support.
D'une façon générale, les défauts de mise en oeuvre relèvent principalement des dérogations, en tout ou partie, au cahier des charges. En particulier, l'utilisation de composants hétéroclites relevant de systèmes différents ou la pose directe de la sous-couche sur des canalisations, sans chape de ravoirage.
D'autres causes sont à déplorer, telles qu'une utilisation non conforme des colles, l'oubli des bandes de joints et autres accessoires ou encore le mauvais dosage des produits à mélanger avec des épaisseurs inégales ou insuffisantes.
Il faut enfin noter que la compressibilité des sous-couches isolantes est susceptible d'entraîner une diminution des performances d'isolement acoustique annoncées.
En conclusion
Des caractéristiques souvent insuffisantes, conjuguées au non-respect de certaines dispositions de mise en oeuvre ont contribué à l'aggravation de la sinistralité des sous-couches minces sous carrelage s.
Compte tenu d es différentes causes possibles de sinistres précédemment évoquées, seule une évolution des référentiels réglementaires pourrait permettre une approche simplifiée et rigoureuse de la problématique par les différents intervenants.
Un DTU spécifique à la pose des sous-couches isolantes sous-chapes, dalles flottantes et sous-carrelage est à l'étude.
Il devrait comporter :
- des spécifications techniques propres au comportement et aux performances des produits ;
- des dispositions de mise en oeuvre plus précises, notamment pour les points singuliers.
Sa prochaine publication devrait contribuer à une meilleure qualité des ouvrages réalisés.