Dans les années passées, des désordres très importants et d'un type inhabituel pour les experts ont été constatés sur des constructions, et, plus particulièrement, des maisons individuelles reposant sur des argiles sensibles aux variations hydriques.
Les nombreuses expertises diligentées à partir des années 1990-91 ont donné lieu à des réparations parfois inefficaces. Quelques précautions préalables auraient permis d'éviter l'apparition de nouveaux désordres.
L'analyse des catégories de pavillons concernés par des sinistres liés à la sécheresse est éloquente. Les plus touchés sont :
de type R + 0 (rez-de-chaussée seul) ;
fondés sur semelles filantes ;
avec dallage sur terre-plein.
Ils sont dépourvus de sous-sol (un sous-sol implique des fondations largement enterrées et l'argile d'assise est moins sujette à dessication).
En bref, ce sont les pavillons les moins chers.
Des réparations onéreuses
Face à ce type de désordre, l'expert peut adopter plusieurs démarches : mise en observation, réalisation de micropieux en sous-oeuvre (après ou sans étude de sol)...
Mais les travaux sont souvent coûteux eu égard à la valeur de la construction. Par exemple, conforter l'ouvrage par des micropieux, c'est engager des réparations pouvant atteindre, voire même dépasser, la moitié de sa valeur ! Des montants de 30 490 € à 45 735 € pour un coût de construction de 76 225 € n'ont rien d'exceptionnel.
Or, l'engagement de travaux aussi onéreux n'exclut pas l'apparition de nouveaux désordres.
Et qui n'empêchent pas l'apparition de nouveaux désordres
Pourquoi est-il courant de voir apparaître ou s'agrandir des fissures peu après que la maison ait été confortée ?
La structure s'adapte à ses nouvelles fondations.
Si la sécheresse se poursuit après la reprise en sous-oeuvre, la semelle de fondation va se comporter comme une poutre portant entre les nouveaux appuis que constituent les puits ou les micropieux. Le béton de la semelle est sollicité et, ce qui était prévisible, des flexions se produisent. Il s'agit là d'un phénomène normal, mais qui doit être limité et se stabiliser rapidement. Cela n'est pas toujours le cas.
C'est alors que l'assuré sollicite l'assureur et que de nouvelles investigations sont engagées. Elles révèlent des insuffisances d'origines diverses.
Les principales situations rencontrées
1. Reprises en sous-oeuvre partielle par micropieux
Dans le cas de pavillons comportant un sous-sol partiel, il est tentant de ne reprendre en sous-oeuvre que la partie sur vide sanitaire ou sur terre-plein, celle-ci étant, le plus souvent, la seule sinistrée et, dans tous les cas, la plus touchée.
Mais, si la partie reposant en profondeur sur des micropieux se trouve, dès lors, durablement stabilisée, il n'en est pas de même de la partie sur sous-sol. Une nouvelle période sèche peut y générer un léger tassement, provoquant l'ouverture d'une fissure à la jonction entre les deux parties de la maison.
Il faut donc éviter les reprises partielles. Dans certaines situations extrêmes, il sera même parfois nécessaire de reprendre les fondations réalisées à l'intérieur des maisons, voire le dallage intérieur.
2. Reprises en sous-oeuvre totales par micropieux
Dans ce cas de figure, l'importance des dépenses engagées est telle que l'échec de la réparation est très mal ressenti.
Trois cas de non-fonctionnement de la réparation se rencontrent couramment :
les micropieux ne sont pas assez nombreux ;
les micropieux ne soutiennent pas la fondation ;
les micropieux sont trop courts.
Cas n° l
La semelle fléchit entre deux micropieux. Il est fréquent de rencontrer des semelles de 30 cm de hauteur, de béton de qualité médiocre et dont le ferraillage est inexistant. Une telle semelle ne manquera pas de se déformer fortement, voire se casser dès la première période sèche suivant la reprise en sous-oeuvre. Ce sera le cas s'il a été décidé de réaliser des micropieux espacés de 3 mètres ou plus.
Cas n° 2
Par suite de l'excentrement des fondations ou de la trop faible hauteur de la semelle voire de la médiocre qualité du béton ou encore d'une "erreur de visée", le micropieu n'est pas efficace.
Cas n° 3
Les micropieux se révèlent trop courts et sortent de leur zone d'ancrage. La pression de gonflement de l'argile, parfois nettement plus forte que le poids des murs, a été sous-estimée. Il peut aussi arriver que le sol gonfle ou se rétracte sous le niveau d'arrêt des micropieux.
Le bon remède
Il est indispensable de dégager les fondations de la maison à conforter pour apprécier la qualité des semelles. Si leur état est défectueux, on coulera une longrine de raidissement ou, au moins, des plots au droit de chaque micropieux.
D'autres cas peuvent se présenter, notamment en raison de l'insuffisance (voire de l'absence) d'étude de sol.
Hétérogénéité du sol
Le tassement ne trouve pas son origine dans la dessiccation de l'argile mais dans le manque de portance d'une couche de terrain non analysée, les réparations vont se révéler insuffisantes ou inadaptées.
Dissimulation de la couche d'argile sous une couche de bon sol
Les désordres sont évidemment moins importants que lorsque les fondations reposent directement sur un sol sensible. Les travaux nécessaires sont alors engagés tardivement, parfois après une reprise des embellissements et des façades, sans confortement lourd.
Que faire ?
Les travaux lourds de fondations profondes devront être précédés d'un minimum d'investigations :
détermination des limites d'Atterberg de façon à caractériser l'argile à l'origine des désordres ;
essai à l'oedomètre, qui permettra d'apprécier le potentiel de gonflement de l'argile ;
essais pressiométriques en nombre suffisant de façon à caractériser les différentes couches de terrain, puis dimensionner les micropieux selon les règles de calcul définies dans le DTU 13-12 ;
examen de la semelle de fondation et vérification de l'existence d'un ferraillage de façon à apprécier l'opportunité de réaliser une longrine ou des dés.
En conclusion
Il est recommandé que...
Toute reprise en sous-oeuvre soit précédée d'une étude de sol complète.
Des dés ou longrines soient coulés en soubassement lorsque la semelle existante est de mauvaise qualité.
L'exécution soit suivie. L'entrepreneur devra contrôler la concordance entre les informations apportées par l'étude de sol et ses propres découvertes.