Attendu depuis 8 ans par les bureaux d’études, les bureaux de contrôle et les entreprises, la norme NF P 11-213 (DTU 13.3), portant sur les travaux de l’ensemble des dallages béton, prend le relais des règles professionnelles de l’ITBTP de 1990. Cette norme fixe les dispositions constructives de chaque ouvrage et redéfinit les relations entre les différents corps d’état. Une révision des textes, synonyme de chasse aux désordres.
L’impatience des professionnels à l’égard de cette nouvelle norme était motivée
par une sinistralité importante en nombre et en coût touchant ce type
d’ouvrages, que ce soit dans le domaine des bâtiments industriels et
commerciaux ou dans le
domaine de la maison individuelle…
Ces sinistres peuvent se présenter sous plusieurs
formes :
- tassements ;
- fissurations ;
- tuilages…
Tirant donc des enseignements de la pathologie des dallages, le DTU 13.3
apporte des nouveautés techniques sur tous les aspects de la conception et de
la réalisation des ouvrages ; étude du sol, règles de calculs, épaisseur du
dallage, pourcentages
d’acier, joints, déformations admissibles…
- la partie 1 qui comporte les exigences les plus élevées, correspond aux dallages industriels ;
- la partie 2 vise les dallages autres qu’industriels. Ce sont par exemple les dallages
de bâtiments commerciaux de moins de 1000 m² et soumis à des charges uniformes
inférieures à 1T/m² ;
- la partie 3 concerne les dallages des maisons individuelles qui bénéficient de dérogations supplémentaires du fait des faibles surfaces et des charges très modérées.
A la date de publication de ce document, 20 mars 2005, il n’existe pas de travaux traitant du même sujet. Le DTU 13.3 devient donc le document de référence pour la conception et l’exécution des travaux de dallage. Il est applicable pour les marchés privés trois mois après la date de publication, et pour les marchés publics le premier du mois suivant sa date de publication.
Il est à noter que si les règles professionnelles avaient été mises en observation par la C2P par avis de janvier 2002, le DTU 13-3, lui, ne l’est pas ce qui redonne à ces travaux le caractère de technique courante.
De nombreuses nouveautés
Les Documents particuliers du marché (DPM) devront désormais comporter des
spécifications plus précises sur les conditions d’exploitation des ouvrages. Ces
DPM doivent normalement définir avec précision toutes les actions et toutes les
exigences spécifiques à chaque zone du projet dallage (cf. annexe B des parties 1 et 2
du DTU 13-3).
Les études géotechniques seront plus poussées : le géotechnicien devra fournir une
étude de faisabilité basée sur des sondages plus nombreux et sur la connaissance des modules d’Young des différentes couches rencontrées. La notion de module de
réaction du sol K perd de son importance. L’essai de Westergaard et l’essai à la plaque ne serviront plus qu’à confirmer la bonne qualité de la couche supérieure sur les premiers 50 cm ou 1 m d’épaisseur.
Le DTU impose le respect des déformations différentielles ou absolues, très strictes.
L’influence de l’effet de tuilage des bords est maintenant prise en compte.
La qualité du béton est améliorée (application des nouveaux bétons). Le dosage en ciment et les rapports E/C sont désormais fixés avec précision.
Les épaisseurs minimales des dallages sont nettement augmentées. Pour la partie 1, l’épaisseur passe de 12 à 15 cm ; pour la partie 2, elle est fixée à 13 cm ; et pour la
partie 3, elle passe de 8 à 12 cm.
Les pourcentages d’acier sont revus à la hausse. Pour les dallages industriels, le
pourcentage passe de 0,15 à 0,4 %, et pour la partie 2, le pourcentage passe à 5cm²/ml. Les dallages de maisons individuelles doivent toujours être armés pour un pourcentage de 0,2 %.
Pour les joints, un pourcentage d’acier est prévu pour assurer l’anti-pianotage. Le simple goujon a été banni pour cause de sinistres.
L’interposition de film polyéthylène est fortement déconseillée pour les parties 1 et 2
du DTU, car elle accentue le phénomène de tuilage.
Enfin, la grande nouveauté du DTU réside dans les calculs très complexes. En effet, la nouvelle approche du DTU 13.3 n’est plus basée sur la détermination d’un module de réaction du sol, mais sur les méthodes d’élasticité des couches de sol rencontrées.
Le DTU retient la méthode de Boussinesq, qui permet d’évaluer le tassement en un point quelconque, dû à une charge concentrée appliquée sur une zone circulaire de diamètre donné.
La méthode d’évaluation repose donc sur deux notions : le diamètre équivalent noté Deq et le module conventionnel de réaction du support, noté KDeq, dont résulte le tassement sous une charge concentrée Q.
La problématique de cette méthode intervient principalement dans la propagation des tassements. En effet, pour déterminer le tassement en un point quelconque, il faut tenir compte des tassements induits au droit de toutes les charges concentrées,
ce qui implique un calcul d’intégrales long et fastidieux. Il faut tenir compte des caractéristiques du sol variant avec la profondeur, ainsi que des distances du point aux charges.
Une application complexe
Dimensionner un dallage suivant ces nouvelles règles devient très complexe, car de nombreux paramètres rentrent en ligne de compte : caractéristiques des couches de sol, implantation et intensité des charges et combinaison de celles-ci, effet du retrait…
Un outil informatique devient donc indispensable pour dimensionner un dallage avec fiabilité et rapidité.