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Accueil /Prévention /Pratique : les fiches techniques
Fiches techniques
La mérule : un champignon destruteur pour le bois
Les termites et autres insectes vont-ils perdre le devant la scène ? S’il existe des régions propices aux attaques des insectes, il en est d’autres où la mérule prospère et s’étend. Historiquement, la Bretagne et la Normandie ont été les premières touchées, mais aujourd’hui, toute la France est potentiellement concernée même si ce phénomène est particulièrement abondant au nord d’une ligne Strasbourg / Bordeaux. La facilité de prolifération de ce champignon et l’ampleur des dégâts associés sont telles qu’il est urgent d’y prêter attention.
Un développement exubérant
Les facteurs favorisant ce développement
Où doit-on la craindre ?
La prévention
Quand il n'est pas déjà trop tard : les mesures curatives
Un développement exubérant

SERPULA LACRIMANS, pour les puristes, non comestible, pour les gourmands, il s’agit d’un champignon lignivore.
La partie aérienne visible est d’abord constituée d’un feutrage cotonneux de filaments blancs grisâtres (le mycélium).Ces filaments pénètrent le bois, cellule par cellule, en hydrolysant la cellulose mais en conservant la lignine : le bois ainsi dégradé apparaît déshydraté, disséqué en petits cubes (pourriture cubique). Le champignon devient visqueux avec le temps et développe à maturité des poches de spores orangées très caractéristiques. La dispersion des mérules s’effectue grâce à ces spores qui, véhiculées par l’air, les vêtements, les animaux, peuvent contaminer rapidement un bâtiment et son environnement.
La contamination peut ainsi être foudroyante si les conditions de développement optimales sont réunies. Pour donner un ordre de grandeur, une croissance de 4 mm à 2 cm par jour est parfois constatée…
La pourriture, brune, sèche, cassante et cubique engendrée par la mérule est très caractéristique et provoque une perte de résistance mécanique des bois.


En fin ce cycle de développement de la mérule, les pièces de bois attaquées ont perdu toute résistance, elles se disloquent ou s’effondrent.
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> Consulter les fiches pathologie et illustration traitant du thème "enveloppes et revêtement extérieurs"
> Consulter les fiches pathologie et illustration traitant du thème "structures et gros oeuvre"
> Fiches BTP : Développement de la mérule après travaux d'imperméabilité de façade
Les facteurs favorisant ce développement

Plusieurs conditions doivent être réunies pour que la mérule s’installe et prolifère dans un bâtiment, en premier lieu la présence de spores. Mais, comme nous venons de le voir, celles-ci sont extrêmement nomades et leur dispersion très facile. Ensuite, certains facteurs optimisent son développement :

  • l’humidité du bois comprise entre 20% et 40%,
  • la température variant entre 20 et 26°C,
  • l’absence de ventilation,
  • l’obscurité.

La porosité de la maçonnerie environnante constitue, également, un élément à prendre en compte et les maçonneries anciennes, comportant des vides d’époque ou constitués avec l’érosion du temps, sont particulièrement favorables au développement de la mérule qui aime les espaces vides cachés et non ventilés pour s’y nicher et se développer tranquillement. Les émanations ammoniacales (WC) catalysent également parfois le phénomène.
Enfin il est remarquable qu’à un certain stade, le champignon favorise lui-même son milieu pour sa propre croissance : l’eau libérée par l’hydrolyse de la cellulose intensifie encore l’humidité locale, créant ainsi un cercle vicieux…

Où doit-on la craindre ?

Son action géographique s’étend de plus en plus : il ne faut donc plus s’arrêter à une région en particulier et ignorer le phénomène ailleurs. Les sites côtiers, humides et tempérés, demeurent, cependant, privilégiés par ce champignon. Si presque tous les bois de bâtiment, y compris le chêne, peuvent être attaqués par la mérule (seules de rares essences lui résistent), les résineux apparaissent cependant les plus sensibles. Le bois qui se trouve en contact avec la terre est particulièrement en danger.

Même si la mérule a besoin de cellulose pour se développer, elle peut se nicher dans la maçonnerie, derrière un doublage par exemple, et aller chercher discrètement sa nourriture dans les boiseries alentours voire de l’autre côté du mur ! Dans ce cas sa détection peut être particulièrement tardive…

Les bâtiments les plus concernés sont :

  • les bâtiments anciens avec des maçonneries poreuses et gorgées d’eau comportant des planchers bois ou plus simplement des boiseries,
  • les bâtiments à ossatures bois et remplissages également poreux,
  • les bâtiments mal entretenus et comportant notamment des menuiseries extérieures fuyardes,
  • les caves mal aérées…

Les bâtiments restés inoccupés pendant de longues périodes et « subitement » réhabilités en confinant des espaces auparavant largement ventilés sont, également, particulièrement exposés.
Attention, également, au lavage haute pression des façades anciennes, du fait de l’apport d’eau susceptible de réveiller une spore endormie…

La prévention

La prévention consiste, tout d’abord, à surveiller toute venue d’eau anormale à l’intérieur des bâtiments (fuite sur réseau d’eau, eaux pluviales ou eaux usées…). Même une fuite goutte à goutte comporte un risque.
Par ailleurs, le fait que la mérule puisse exister à l’état latent dans les constructions existantes, doit inciter à procéder à un diagnostic sérieux avant tous travaux : sondages pour connaître l’état des structures bois mais également les maçonneries porteuses ou de remplissage, les espaces confinés, et les parties humides (parties enterrées notamment ou sujettes aux remontées capillaires).
Les travaux de réhabilitation ne doivent pas favoriser les conditions de développement de ce type de champignon en évitant, par exemple, le confinement des bois (collage d’un sol PVC sur un parquet non ventilé par exemple).

Quand il n'est pas déjà trop tard : les mesures curatives

La toute première mesure vise à supprimer les conditions favorables au développement du champignon :

  • stopper les apports d’eau (remplacement des menuiseries, traitement des maçonneries, des remontées capillaires, etc…)
  • rétablir une ventilation efficace.

Viennent ensuite les mesures de destruction du champignon qui doivent, impérativement, être radicales et généralisées. Traiter les seules parties visiblement atteintes ne suffit pas et le traitement doit être étendu aux parties voisines même saines en apparence. Il ne faut effectivement pas oublier que le mycélium peut traverser les maçonneries de façon pratiquement invisible, parasitant, ainsi, des volumes très importants. Une récidive fulgurante après une intervention insuffisante n’est malheureusement pas exceptionnelle…

Le traitement concernera, donc, tant les maçonneries que les bois contaminés pour lesquels la destruction du champignon passe par un traitement fongicide lourd et approprié :

  • dépose des revêtements,
  • dépose et brûlage des bois infectés mécaniquement insuffisants (dans une usine spécialisée),
  • traitement du sol, des murs et des maçonneries : brûlage au chalumeau, réfection des joints, comblement des vides, injections fongicides,
  • traitement des bois conservés par injections profondes de fongicides.

Il est recommandé de veiller à ce que l’entreprise en charge du traitement soit une entreprise spécialisée, certifiée CTBA Plus, ou titulaire de la qualification Qualibat 1532.

Avis aux experts ( et même aux curieux !)

Attention au réel pouvoir de dispersion de ce champignon ! Il est impératif de prendre toute précaution pour éviter de disséminer les spores des mérules, notamment lorsque le site comporte des champignons matures avec spores orangées.
A défaut de pouvoir choisir un expert qui n’habite pas lui-même dans un logement comportant des structures bois ou des boiseries, il convient de prévoir une combinaison jetable ou, au moins, de désinfecter matériel et chaussures en sortant du local infecté à l’aide d’une bassine remplie de fongicide.