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Accueil /Prévention /Pratique : les fiches techniques
Fiches techniques
Briques apparentes de grands formats : attention aux infiltrations
On constate de fréquentes infiltrations en façade sur les constructions réalisées avec des briques de grand format destinées à rester apparentes. Point de vue de l'expert.
Une évolution des techniques
Une pathologie émergente
Une réglementation complexe
Des explications variées
Pas facile de réparer
Il faudrait mieux prévenir
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Une évolution des techniques
L'utilisation de briques apparentes constitue une technique de construction éprouvée, fréquemment utilisée dans certaines régions de France, le Nord notamment.

Traditionnellement, les murs en briques apparentes avaient une épaisseur de 34 voire 45 cm et étaient montés à partir de briques pleines en terre cuite de format normalisé 6.5 x 11 x 22. La réalisation des murs nécessitait alors un appareillage élaboré des briques afin d'obtenir l'épaisseur requise.

Cependant, dans le but, au demeurant louable, de réduire les coûts de main d'oeuvre et donc de construction, les constructeurs ont progressivement modifié l'épaisseur puis la qualité des murs.

Ainsi, dans un premier temps, l'épaisseur des murs en briques de format 6.5 x 11 x 22 a été réduite à 22 cm. Dans ce cas l'appareillage était constitué de panneresses et de boutisses et qualifié de simple.

Puis, il y a environ 20 ans, sont apparues des briques perforées d'un format double soit 6.5 x 11 x 22 ou 6.5 x 20 x 20 permettant de réaliser des murs de 22 cm ou 20 cm d'épaisseur sans appareillage, les briques étant simplement posées à joints décalés.

Récemment sont même apparues des briques au format de 6.5 x 30 x 22 comportant un faux joint vertical (creux d'environ 3 cm à rejointoyer en même temps que les autres joints) afin de donner l'illusion d'un appareillage des briques.
Une pathologie émergente

En contrepartie d'objectifs a priori louables, ces modifications successives ont généré une sinistralité accrue pour ce type d'ouvrage avec la manifestation d'infiltrations par défaut d'étanchéité à l'eau.

Le sinistre se matérialise par l'apparition d'humidité en pied de mur en général le long des murs exposés aux vents pluvieux dominants. Dans le cas de plancher d'étage en béton, on peut retrouver des infiltrations à l'étage en bas de mur mais aussi en cueillie de plafonds à l'étage inférieur.

Ces infiltrations ont en général des conséquences directes importantes telles que :

  • décollement et dégradation des revêtements de sols en cas de sols souples ;
  • dégradation des embellissements ;
  • dans certains cas, décollement des oublages intérieurs fixés aux murs par des plots de mortier adhésif.

  • Une règlementation complexe

    Les briques de grand format doivent répondre aux spécifications de la norme NF P 13-306 datant d'octobre 1983 et intitulée "Blocs perforés en terre cuite destinés à rester apparents".

    La réalisation de murs en briques apparentes doit suivre les prescriptions reprises dans le DTU 20.1 d'avril 1994 intitulé : Travaux de bâtiment - Ouvrages en maçonnerie de petits éléments : parois et murs. Ce DTU est subdivisé en 3 parties :

    • Cahier des clauses techniques (NF P 10-202-1)
    • Règles de calcul et dispositions constructives minimales (NF P 10-202-2)
    • Guide pour les choix des types de murs de façades en fonction du site (NF P 10-202-3)

    Au regard des dispositions constructives concernant les exigences d'étanchéité à l'eau, les murs simples en briques apparentes sont classés en 2 catégories :

    • mur de type II : mur ne comportant aucun revêtement étanche sur son parement extérieur mais comportant, dans son épaisseur, une coupure de capillarité continue constituée :
      • soit, côté intérieur, par des panneaux isolants non hydrophiles (mur de type IIa),
      • soit, par une lame d'air quasi continue pouvant ponctuellement être interrompue par les plots de colle du doublage intérieur (mur type IIb) ;
    • mur de type III : mur dont la paroi extérieure en maçonnerie, non protégée par un revêtement étanche, est doublée par une seconde paroi séparée de la première par une lame d'air continue à la base de laquelle sont prévus des dispositifs de collecte et d'évacuation vers l'extérieur des eaux d'infiltration éventuelles. Ce type de mur, nettement plus performant que le précédent, nécessite la mise en oeuvre d'une cloison intérieure. Son coût est donc aussi légèrement plus élevé.
      Par ailleurs la norme NF P 10-202-3 impose la mise en oeuvre d'un enduit complémentaire sur la face interne des façades non abritées. Pour des raisons de simplification, cette disposition est souvent généralisée à l'ensemble des murs extérieurs en briques de grand format destinées à rester apparentes.
      Enfin, bien que cette disposition ne soit pas reprise dans le DTU, un feutre est en général placé au niveau du plancher et remonté en partie arrière contre l'enduit afin de drainer les eaux ainsi recoltées vers l'extérieur.

    Des explications variées
    Les défauts d'étanchéité observés ont, principalement, deux origines :
  • La qualité de la brique

    Même conformes à la norme NF P 13-306, ces briques ont des performances en matière de porosité bien souvent inférieures à celles des briques pleines de format 6.5 x 11 x 22. Cette porosité est accentuée lorsque que les perforations se situent près du parement extérieur.
  • La qualité d'éxécution
    • En l'absence d'appareillage, l'ensemble des joints de briques est traversant. De ce fait, chaque défaut de remplissage des joints, principalement des joints verticaux, peut conduire à une infiltration. Or, si les joints situés côté extérieur sont correctement réalisés pour des raisons esthétiques, il en est rarement de même pour les joints verticaux côté intérieur qui sont parfois mal remplis mais surtout mal serrés, ce qui favorise un léger retrait entre mortier et brique.
    • L'enduit intérieur complémentaire est souvent pelliculaire alors qu'il devrait avoir une épaisseur minimale de l'ordre de 10 mm.
    • Le feutre est souvent mal réservé en partie arrière voire détérioré.

      L'ensemble de ces caractéristiques d'exécution conduisent malheureusement bien souvent à des infiltrations affectant les pignons exposés.
    Nota : ces infiltrations peuvent être aggravées par des défauts d'exécution plus généraux tels que mauvaise composition du mortier (par exemple dosage insuffisant en ciment) ou mauvais profil des joints extérieurs (joints en retrait par exemple).
  • Pas facile de réparer
    Les réparations ne sont pas aisées puisque la face que l'on devrait traiter compte tenu de ces imperfections se trouve côté intérieur. En général on se contente d'améliorer l'étanchéité en intervenant par l'extérieur. Les travaux consistent alors à déjointoyer et à rejointoyer sur environ 3 cm de profondeur l'ensemble des joints extérieurs à l'aide d'un mortier plus riche.
    Il vaudrait mieux prévenir
    Les murs en briques de grand format sont des murs aux performances limitées au regard de l'étanchéité à l'eau dont la qualité d'exécution peut difficilement s'améliorer compte tenu du plafonnement des coûts de construction.

    Dans ces conditions, il semblerait plus raisonnable de tenir compte de cette réalité et d'améliorer la conception de ce type de murs, auparavant peu répandus, pour lesquels ces normes en vigueur n'ont pas défini de dispositions particulières.

    La solution technique optimale résiderait en la réalisation d'un mur de type III dont le principe est d'accepter des infiltrations légères mais inévitables aux travers de la maçonnerie de briques et de récupérer et d'évacuer l'eau en pied de mur de chaque plancher par un triple dispositif comprenant un décaissé d'environ 3 cm dans la dalle, une équerre PVC de rejet d'eau et des joints verticaux dégarnis.