Retour à l'accueil
Plan du site smabtp.fr
Vous êtes
Vie professionnelle
Vie privée
L'espace documentation de smabtp.fr
L'espace prévention de smabtp.fr
Accueil /Prévention /Pratique : les fiches techniques
Fiches techniques
Cloquage et décollement des sols souples collés
Les sols souples collés sont de plus en plus employés dons le bâtiment. Hélas, leur décollement est à l'origine d'une sinistralité répétitive et coûteuse. Ces désordres interpellent les assureurs et les entreprises de la profession, rarement d'accord sur leur origine et les responsabilités. De leur côté, les bureaux de contrôle ont émis des avis défavorables sur l'emploi de ces produits dans certaines conditions. Que faut-il en penser ?
Des produits de plus en plus utilisés
Un ouvrage complexe
En tête de la sinistralité touchant les revêtements de sol
Les racines du mal
Des phénomènes complexes mis en évidence en expertise et en laboratoire
En conclusion
0 En savoir plus 0
> Consulter les fiches pathologie et illustration traitant du thème "aménagement intérieur"
Des produits de plus en plus utilisés
Les revêtements de sols souples collés en lés ou en dalles connaissent depuis dix ans un grand succès. Progressant beaucoup plus vite que le carrelage ou les textiles, ils représentent aujourd'hui 25 % du marché total.

Les raisons de cet engouement auprès des architectes ? Ils sont faciles d'entretien, résistants, étanches, jugés moins favorables au développement des acariens et offrent une grande variété de couleurs et d'aspects de surface. En lés soudés, ces revêtements constituent des systèmes d'étanchéité pour des douches sans receveur accessibles à des personnes à mobilité réduite. Cela explique la grande variété de leurs utilisations : habitat, bureaux, salles de sport, secteur hospitalier...
Un ouvrage complexe
Le revêtement ne peut pas être étudié isolément ; il faut prendre en compte l'ouvrage global mis en oeuvre composé :

  • du support (le plus souvent une dalle en béton surfacé. La chape rapportée traditionnelle en mortier est abandonnée pour des raisons économiques. Par ailleurs, on trouve parfois des utilisations sur support bois) ;
  • des produits de préparation de surface, constitués le plus souvent d'un primaire et d'un enduit de lissage ou de ragréage de quelques millimètres d'épaisseur ;
  • de l'adhésif (généralement une colle à base acrylique en émulsion dans l'eau) ;
  • du revêtement proprement dit, à base de PVC, de linoléum ou de caoutchouc.
  • En tête de la sinistralité touchant les revêtements de sol
    Dès 1994, l'Agence Qualité Construction évaluait le nombre des désordres à environ 500 par an pour un coût de 20 à 30 millions de francs. On sait par ailleurs que les désordres affectant les sols souples collés représentent 36 % de l'ensemble des sinistres relatifs aux revêtements de sol, soit une proportion nettement supérieure à leur part de marché. La même étude révèle que les cloquages apparaissent rapidement après la mise en oeuvre, quelquefois avant même la réception des travaux !

    Or les réparations sont très coûteuses, eu égard au montant initial des travaux. Elles sont à l'origine de perturbations non négligeables, comme le bruit et la poussière générés par le ponçage du ragréage, qui imposent souvent la fermeture des locaux concernés et le déménagement du mobilier.
    Les racines du mal
    L'origine de ces désordres est loin de faire l'unanimité entre les parties en présence. Le support est-il concerné ou s'agit-il d'un défaut de mise en oeuvre du revêtement ?

    Plusieurs aspects, quelquefois concomitants, ont été mis en évidence :

  • le phénomène apparaît rapidement après la pose du revêtement (entre quelques mois et un an) ;
  • on observe fréquemment, mais non systématiquement, la remise en humeur de la colle, qui redevient ou est restée poisseuse ;
  • des cloques filiformes peuvent être détectées au-dessus de micro-fissures de retrait du béton-support ;
  • souvent, le ragréage est devenu pulvérulent au droit du décollement ;
  • dans les zones encore adhérentes, le support est très humide.

    Or, l'humidité excessive du support est le facteur déclenchant du phénomène: les sols plastiques créent une membrane étanche à la vapeur d'eau, laquelle empêche tout échange entre le béton et l'air ambiant. Cet excès d'eau peut avoir plusieurs origines :

  • lors de la fabrication du béton, il demeure, après prise, une quantité d'eau résiduelle qui s'évapore au contact de l'air ;
  • par ailleurs, il arrive qu'une insuffisance des dispositifs de barrières anti-capillaires ou de drainage génère des arrivées d'eau extérieures : un support apparemment sec peut être soumis à des arrivées d'eau non perceptibles tant qu'il "respire".
  • Des phénomènes complexes mis en évidence en expertise et en laboratoire
    La fréquence et la gravité de ces désordres ont donné lieu à des recherches approfondies. L'une d'elles, en laboratoire, a consisté à étudier la cinétique de la dessication des bétons en atmosphère maîtrisée. Les mesures ont été effectuées sur des échantillons de dalles de béton à différentes profondeurs.

    Quels sont les principaux enseignements ?

  • A 5 cm, la teneur en eau des bétons ne descend jamais en dessous de 3 Cfa, ce qui est en fait le taux maximal autorisé par le DTU 53.2 avant mise en oeuvre d'un revêtement de sol. Ni l'état de finition de surface des dallages (avec talochage mécanique ou non), ni l'utilisation de plastifiant ne modifient significativement cette courbe de séchage. Le support est donc toujours en excès d'humidité.
  • Les sols plastiques ne permettent pas l'évaporation de cette eau. Seules les fissures de retrait hydraulique du béton pourraient favoriser des remontées d'eau en surface par capillarité.
  • Par ailleurs, l'écart de température entre la surface du sol souple et la pièce ne justifie pas un effet de surpression de l'air humide occlus.
  • En revanche, il apparaît que les produits utilisés en enduit de lissage sont sensibles à la fissuration ultérieure du support engendrée par le retrait hydraulique du béton. De plus, certains enduits sont composés de ciment alumineux et d'une faible proportion de sulfate de calcium qui, après prise et sous réserve d'un apport en eau exogène, pourraient former de l'ettringite. Ce phénomène de formation d'ettringite post-formée expliquerait, peut-être, la désagrégation des enduits de ragréage.
  • En conclusion
    Il serait souhaitable que :

  • le taux d'humidité du support béton soit mesuré avant la mise en oeuvre des revêtements de sol souples à plusieurs centimètres de profondeur, à l'aide d'un appareil fiable, comme une bombe à carbure ou des humidimètres perfectionnés ;
  • les délais sur chantier permettent un temps de séchage suffisant, dans des locaux ventilés, hors d'eau et hors d'air ;
  • avant mise en oeuvre des enduits de lissage, un produit de préparation de surface (primaire) approprié soit systématiquement employé ;
  • le DTU 53.2 soit rapidement modifié de façon à fixer, pour les bétons, des teneurs en eau réalistes, conformes au comportement réel de ce matériau ;
  • les méthodes de mesure du taux d'humidité définissent plus précisément à quelle profondeur, avec quels appareils et selon quelles méthodologies les entreprises procéderaient à cette opération ;
  • les fabricants de colles et d'enduits de lissage ou de ragréage proposent de nouveaux produits moins sensibles au mouvement prévisible des supports et acceptant une teneur en eau plus élevée ;
  • les maîtres d'oeuvre envisagent l'emploi de tels matériaux uniquement sur des supports à l'abri de toute possibilité d'apparition ultérieure d'eau.