Depuis une dizaine d'années, les Français ont intégré progressivement, dans
leur dispositif d'épargne, des contrats d'assurance vie en unités de compte,
appelés aussi " multisupports ".
Bien adaptée aux objectifs de placement et d'investissement à long terme, cette
nouvelle génération de contrats a connu un succès remarquable pendant la
période d'euphorie boursière de la fin des années 90.
Après une période difficile (2000-2003), ces contrats retrouvent aujourd'hui un
regain d'intérêt, ce qui laisse à penser qu'ils font bien désormais partie
intégrante du paysage de l'épargne "à la française".
Contrat en euros ou multisupport : l'assurance vie est toujours gagnante
L'assurance vie constitue, depuis le milieu des années 70, le placement préféré
des Français.
Malgré l'alourdissement des mesures fiscales intervenues depuis une dizaine
d'années - suppression de l'exonération "à l'entrée" (1996), imposition des
produits "à la sortie" (1998) et limitation des capitaux transmissibles hors
droit de succession (1999) - l'attrait de ce véhicule d'épargne reste toujours
fort.
En effet, les autres types de placement comportent généralement un niveau de
prélèvement libératoire plus élevés (15 ou 16% pour les placements
bancaires, au lieu de 7,50 % pour l'assurance vie au-delà des seuils
d'abattement de 4 600 € par an (pour une personne seule) ou de 9 200 € par an
(pour un couple marié).
En outre, il ne faut pas perdre de vue que l'épargne (capitaux et intérêts)
acquise avant le 13 octobre 1998 est totalement exonérée de droits de
succession (sous réserve de l'application de la " règle des 70 ans "). Quant
aux versements effectués après cette date, l'exonération des droits de
succession est acquise jusqu'à 152 500 € par bénéficiaire, ce qui laisse une
marge de manœuvre conséquente.
Aujourd'hui, le choix en " épargne vie " se résume donc entre deux grands
types de contrats : les contrats en euros et les contrats multisupports et,
de plus en plus, au sein des multisupports, entre le fonds en euros et les
fonds en unités de compte.
Les multisupports : réponse à un besoin ou simple phénomène de mode ?
Le succès de l'assurance vie a été construit principalement autour des contrats
en euros, contrats simples et totalement sécurisés. Investis majoritairement en
obligations, ils bénéficient, en effet, d'un taux minimum garanti et d'un
système de "cliquet" grâce auquel les intérêts acquis dans l'année le sont
définitivement.
Ces contrats ont fait le bonheur de plusieurs générations d'assurés et ceux qui
en sont encore titulaires doivent les conserver précieusement car, ils
bénéficient toujours de leurs avantages fiscaux "à la sortie" s'ils ont été
souscrits avant le 25 septembre 1997 et les versements effectués avant le 13
octobre 1998 sont exonérés de droits de succession, totalement avant 70 ans,
partiellement ensuite.
Toutefois, face à l'érosion du rendement des contrats en euros et à l'euphorie
boursière des années 97 à 99, les clients se sont précipités vers les
multisupports. Cette réaction était tout à fait judicieuse puisque, nous nous
situons dans le cadre de l'assurance vie, c'est à dire une épargne longue, et
il est prouvé que ces contrats sont plus performants dans la durée. Encore
faut-il choisir le " bon " multisupport.
Quels sont les critères de base d'un bon "multisupport" ?
Pour mériter l'appellation de contrat multisupport, celui-ci doit
permettre d'avoir accès à une gamme suffisamment large et diversifiée de
supports d'investissement.
Généralement, ces contrats proposent un choix entre 5 et 20 supports différents
: un fonds en euros pour la sécurité, plus une palette de supports combinant
des fonds obligataires et actions selon des proportions qui permettent de jouer
plus ou moins la carte de la sécurité, de l'équilibre ou du dynamisme, en
fonction du tempérament de chacun.
Attention : certains multisupports ne comportent pas de fonds en euros ;
cela constitue un inconvénient majeur car ils offrent moins de possibilité de
repli en cas de crise boursière.
Autre critère de choix : la possibilité de disposer de plusieurs types
de gestion, par exemple, une gestion déléguée et une gestion libre.
- dans la gestion déléguée, le souscripteur confie le soin aux experts
financiers de l'organisme gestionnaire (compagnie d'assurance, banque...) de
gérer ses placements à travers l'un des supports "profilés" qui lui aura été
proposé. En général, ces fonds appelés "profils ou fonds profilés" s'articulent
autour de 3 types de fonds qui tiennent compte du tempérament, des objectifs et
de la situation patrimoniale de chacun: un profil "sécurité" (comportant au
moins 75% d'obligations) pour les plus prudents, un profil intermédiaire
"équilibre" (50% obligations / 50% actions) et un profil "dynamique" (au moins
75% d'actions) pour ceux qui souhaitent profiter au maximum des opportunités
des marchés financiers. Il est facile de comprendre que la qualité des
gestionnaires des fonds (l'assureur ou la banque gérant le produit) constitue,
dans ce cas, un critère de sélection primordial.
- dans la gestion libre, au contraire, le souscripteur s'implique
personnellement dans la sélection de ses supports d'investissement en
choisissant parmi un éventail de "fonds purs". Attention : ce type de gestion,
plus risquée, est réservée aux personnes averties, capables de réagir à bon
escient face à l'évolution des marchés financiers.
Des garanties en cas de décès : pour pallier la baisse des marchés
boursiers, il est important, pour les bénéficiaires du contrat, de pouvoir au
moins "récupérer " l'intégralité de l'épargne investie par l'assuré pendant
toute la durée du contrat (au jour où elle a été investie), en cas de décès de
ce dernier. Un bon contrat "multisupports" devra nécessairement proposer
cette garantie (baptisée "garantie plancher") qui évite une perte en
capital.
Quels sont les facteurs clés permettant d'assurer le rebond des multisupports ?
Ces contrats ont déjà évolué pour tenir compte des écueils auxquels ils ont été
confrontés du fait de la crise boursière. Parmi les solutions qui permettront à
ces produits de continuer à se développer, voici les améliorations que les
assureurs devront rapidement prendre en compte :
Rendre au support en euros la place qu'il mérite : le fait de
proposer, au sein d'un multisupport, un fonds en euros à taux minimum garanti
et à effet de cliquet constitue déjà, en soi, un avantage concurrentiel
important. Si, en plus, ce support a fait ses preuves en tant que
"monosupport", ceci constitue un nouvel atout. Le rôle stabilisateur d'un fonds
en euros est, en effet, essentiel dans le cadre d'un engagement à long terme
comme l'assurance vie.
Ecarter les "fausses promesses" des fonds garantis : nous
considérons que les fonds garantis ou "à promesse" dont on a beaucoup parlé ces
derniers temps constituent une "fausse bonne idée". Certes, l'assureur est
censé garantir tout ou partie de la performance enregistrée par un indice
boursier. Tout va bien si l'indice progresse sur cette période mais, dans le
cas contraire, le rendement sera amputé de la baisse enregistrée par l'indice
(ainsi que des revenus d'actions qui disparaissent dans ces montages), même si
certains mécanismes prévus au contrat permettent d'atténuer cette baisse.
L'attrait commercial suscité par ce type de produit est inversement
proportionnel à l'intérêt réel du client qui sera confronté jusqu'au terme du
contrat à l'incertitude sur les coûts et sur la valeur de rachat de son
contrat.
Proposer une "gestion à horizon" : en faisant évoluer
automatiquement, année après année, l'allocation des actifs de chaque assuré,
des supports les plus dynamiques (actions) au plus sécurisés (supports
monétaires ou obligataires), ce système de gestion à horizon permet d'allier
performance et sécurité en fonction de l'âge de l'assuré et/ou de la durée du
placement, et ce, en éliminant le risque d'un arbitrage inopiné du client.
Préférer une gestion "à 2 étages" à une multigestion : la mode
serait, selon certains spécialistes patrimoniaux, aux contrats
"multigestionnaires", comme si, en multipliant le nombre des gérants et des
établissements financiers, on améliorait les performances des fonds. A ce
système, nous préférons la gestion à deux niveaux : des gérants pour assurer la
gestion quotidienne des différents supports d'investissement et l'assureur, en
première ligne, pour rééquilibrer les éventuels écarts de gestion et faire en
sorte que les résultats des fonds correspondent bien aux objectifs patrimoniaux
formulés par l'assuré à la souscription.