La Cour de cassation a eu l'occasion, récemment, de confirmer sa jurisprudence selon laquelle la conformité d'un ouvrage aux normes n'interdit pas de retenir la responsabilité décennale des constructeurs en cas d'isolation phonique insuffisante
rendant l'ouvrage impropre à sa destination.
L'acquéreur d'un studio en l'état futur d'achèvement engage une action à l'encontre de la SCI qui a édifié l'immeuble pour défaut d'isolation phonique. L'expertise permet de constater que les normes avaient été respectées et que les nuisances acoustiques dénoncées par le propriétaire n'avaient pas été "objectivées" par les différentes mesures effectuées.
La cour d'appel rejette la demande du propriétaire du fait du respect des normes par le constructeur, considérant que la preuve du désordre alléguée n'avait pas été rapportée. La Cour de cassation casse l'arrêt d'appel au motif que les désordres phoniques peuvent relever de la garantie décennale des constructeurs même si les normes ont été respectées. Elle reproche aux juges d'appel de ne pas avoir recherché si ces désordres rendaient ou non l'ouvrage impropre à sa destination (C. cass. assemblée plénière 27 octobre 2006 - SCI Résidence de Belvédère).
Cet arrêt de l'assemblée plénière confirme la jurisprudence que la troisième chambre civile de la Cour de cassation avait adoptée à plusieurs reprises (voir notamment les arrêts des 16 septembre et 9 décembre 2003), et ce, nonobstant les termes précis de la loi du 4 janvier 1978 qui avait prévu un sort particulier pour les réclamations portant sur I'isolation phonique, en les faisant relever de la garantie de parfait achèvement due par l'entrepreneur (article L . 111-11 du Code de la construction et de l'habitat).
Pour la Cour suprême, le principe est que la conformité aux normes et l'atteinte à la destination s'apprécient séparément.