Marchés financiers : l'avis des gérants (mai 2010)
L’endettement des pays développés et l’aggravation des déficits publics laissent craindre un risque de contagion et menacent d’enrayer la reprise économique.
Sylvain Pommeret, gérant de BATI ACTIONS EURO et François Noble, gérant de BATI TAUX, nous livrent leurs analyses sur la conjoncture économique et nous font part de leurs avis concernant la valorisation des marchés et les opportunités d’investissement.
F. Noble
S. Pommeret
Question : Depuis plusieurs mois, la reprise économique semble se confirmer. Pensez-vous que le "pire" est derrière nous ?
Sylvain Pommeret : Les états ont fortement réagit, dès 2008, en mettant en place des plans de relance colossaux. Il semble qu’aujourd’hui, ces mesures ont permis de stopper la récession et d’inverser la tendance. Les indicateurs économiques tendent à prouver que la reprise est sur les rails, même si les niveaux d’activité sont inférieurs à ceux d’avant la crise. Quant aux entreprises, après avoir massivement déstocké et réduit leurs coûts, elles devraient progressivement reprendre leurs investissements, ce qui est une bonne chose pour l’économie. François Noble : On note toutefois deux bémols à cette reprise ; le premier, c’est le chômage, qui malgré le redémarrage de l’activité, ne se réduit pas et stagne à des niveaux historiquement élevés notamment aux États-Unis. Deuxième bémol, la très forte dégradation des finances publiques, avec l’explosion des déficits budgétaires et de l’endettement. De nombreux pays affichent des situations budgétaires intenables sur le long terme ; c’est le cas de certains pays d’Europe du sud, mais aussi du Royaume-Uni, du Japon et des États-Unis.
Q : Justement, avec les problèmes rencontrés par la Grèce pour se refinancer, doit-on craindre une faillite d’État ou un risque de contagion au sein de la zone Euro ? Ce problème est-il propre aux pays européens ?
F.N. : La situation financière de la Grèce est catastrophique. Les taux demandés par les investisseurs pour acheter les obligations de l’État sont montés à un niveau tel que le refinancement sur le marché est devenu impossible. Il a donc fallu activer le plan de soutien de 110 milliards d’euros, qui stipule que le financement du pays pour les 3 années à venir sera assuré en dernier ressort par les états membres de l’union européenne et le FMI. Mais la Grèce reste un cas à part, et n’est pas le reflet de la situation européenne. Certains pays présentent d’importants déficits publics et sont certes trop endettés, comme l’Irlande, le Portugal ou l’Espagne ; pourtant, en moyenne, les finances publiques de la zone Euro sont moins dégradées qu’ailleurs. Elle affiche un déficit budgétaire de 6,9 % du PIB en 2009, largement inférieur à celui du Royaume-Uni (11,7 %) ou des États-Unis (9,8 %). Mais, l’absence - mis à part la politique monétaire - de coordination des politiques économiques, ne permet pas aux investisseurs d’appréhender la zone Euro dans sa globalité. Il faut espérer que l’intervention pour sauver la Grèce de la faillite constitue la première étape vers une plus grande intégration des politiques économiques de la zone Euro.
Q : La situation semble meilleure pour les pays émergents. La crise est-elle terminée pour ces économies ?
S.P. : La croissance est à nouveau forte pour les pays émergents, et leur situation budgétaire est nettement plus favorable que celle des pays développés. Mais attention à ne pas minimiser les risques qui pèsent sur ces économies. Elles sont encore très dépendantes de leurs exportations, et donc de la consommation des pays développés ; leurs devises, notamment le yuan chinois, sont manifestement sous évaluées, et se retrouvent au cœur de polémiques virulentes. Enfin, le risque de manipulation des indicateurs économiques existe et les investisseurs pourraient sous-estimer des surcapacités de production importantes et une surchauffe de l’économie, notamment en Chine.
Q : Concernant les investissements, est-ce un bon moment pour investir et quelles sont les classes d’actifs à privilégier ?
S.P. : Les prix des actifs risqués ont très fortement rebondi depuis plus d’un an. Sur les marchés boursiers, les valorisations nous paraissent élevées, notamment dans un contexte de surendettement généralisé. L’excès de pessimisme pendant la crise a maintenant fait place à un excès d’optimisme. Il nous semble plus judicieux d’attendre une correction significative avant de se repositionner sur les actions. C’est particulièrement vrai pour les marchés émergents. En ce qui concerne SMA Gestion, nous avons profité de la hausse des marchés pour vendre certains titres qui avaient bien performé ; c’est par exemple le cas de Aquarius Platinium et de M6. F.N. : Pour les investissements obligataires, les obligations souveraines risquent d’être pénalisées par une plus grande sensibilité des investisseurs au risque de surendettement des états. Quant aux obligations privées, elles ont déjà largement bénéficié du regain d’optimisme sur les actifs risqués, et ne présentent plus de potentiel important en terme de resserrement des spreads. Là encore, nous conseillons plutôt d’attendre avant de se repositionner sur les obligations, qu’il s’agisse des titres privées ou publics.